
Dans la tribune La Taverne
Quatre idées pour la démocratie au Québec
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Une démocratie qui cesse de vendre des chars usagées
Au Québec comme au Canada, les élections sont devenues un véritable concessionnaire de promesses. Les chefs de partis empilent les engagements comme des vendeurs empilent les options sur un char qui explose déjà les 200 000 km au compteur. La différence? Au garage du coin, tu repars avec une garantie de trois mois. En politique, aucune garantie. Une fois élus, les promesses sautent comme le moteur de la minoune que tu viens de t'acheter.
Asssstie! Quatre ans de paiements, pour rien. Paye, gros cave.
Le problème, c'est que notre système électoral permet aux politiciens de promettre n'importe quoi pendant la campagne, puis de gouverner autrement une fois au pouvoir, sans véritable conséquence. En réalité, les électeurs n'écoutent pas vraiment et ils oublient. Le peuple a autre chose à faire. Il faut cesser de dire que les « Québécois » sont politisés. C'est faux. Les « Québécois » sont juste des émotifs occupés à payer leurs taxes (ou ne pas les payer).
Quand la promesse creuse « nous, on va faire de la politique autrement » te donne un semi-croquant, c'est que tu ne devrais peut-être pas voter.
Si on veut redonner de la valeur au vote, il faut imposer une règle simple : moins de promesses, plus de responsabilité.
L'idée est peut-être nouvelle, ou pas, mais elle me paraît plus crédible que celle du vendeur qui te promet n'importe quoi. Pour se faire élire, chaque parti ne pourrait inscrire et promouvoir que quatre grandes promesses à son programme électoral, une pour chacune des quatre années du mandat. Une priorité à réaliser la première année à une date précise, une la deuxième, une la troisième et une la quatrième. Tout le reste demeurerait des orientations ou des propositions, mais ne constituerait plus des engagements électoraux.
Pendant les débats, les chefs ne pourraient que débattre de leurs quatre grandes promesses.
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Un contrat lisible pour l’électeur
Un tel modèle forcerait les partis à choisir dans quel camp ils sont réellement. Plus de cachettes possibles. Vos promesses sont de gauche radicale ou de gauche raisonnable? Centre opportuniste ou centre équilibré? Droite idéologique ou droite pragmatique?
Aujourd'hui, les plateformes ressemblent souvent à des catalogues sans priorité claire. On vend du vent, parce que les promesses de politiciens ne valent rien. Pourtant, un électeur devrait pouvoir comprendre en quelques minutes ce qu'il achète avec son vote, ce qui sera réalisé, à quel moment du mandat et dans quel ordre. Quatre promesses. Quatre échéances. Un horizon clair. C'est largement suffisant pour permettre aux citoyens de voter en connaissance de cause et de juger sérieusement un gouvernement, sans les noyer dans des centaines d'engagements vagues ou opportunistes.
Surtout, un tel système rendrait enfin les gouvernements imputables. Au bout de chaque année, une seule question devrait être posée : la promesse prévue cette année-là a-t-elle été livrée telle que promise, points et virgules inclus, oui ou non? Boum! C'est réglé. Tu ne peux pas avoir plus transparent que ça. Plus besoin d'attendre quatre ans pour constater que la moitié, et souvent la majorité, des promesses ont été oubliées sans que personne dans le parti ne sourcille.
Les règles seraient donc connues d'avance, les échéances aussi. Les citoyens (et surtout les médias) sauraient exactement quoi surveiller et les gouvernements ne pourraient plus se cacher derrière des excuses ou des priorités qui changent au gré des sondages.
Punir l’échec, pas l’image
La vraie révolution, ce serait la conséquence (avouez que ça sonne bien). Si un gouvernement ne livre pas la promesse prévue à la date prévue, il perd automatiquement une année de mandat. Quatre ans deviennent trois. S'il recommence, trois deviennent deux. C'est aussi simple que ça. Le gouvernement ne gagnerait plus le droit de gouverner uniquement parce qu'il a été élu. Il devrait aussi le mériter en respectant sa parole.
Quatre promesses. That's it.
Avec une règle comme celle-là, les campagnes électorales changeraient du tout au tout. Fini les programmes remplis de promesses impossibles à livrer, impossibles à mesurer ou faciles à repousser. Les partis seraient obligés de choisir leurs batailles, de promettre moins, mais de promettre uniquement ce qu'ils sont réellement capables de réaliser, dans un délai précis.
Fin des partielles
Même logique pour les sièges vacants. Si un député quitte pendant son mandat, pas d'élection partielle. Merci, bonsoir. Le siège revient automatiquement au candidat arrivé deuxième. S'il n'est plus disponible, on passe au troisième, et ainsi de suite.
Pourquoi? Parce que les électeurs se sont déjà prononcés. Pas besoin de remettre la machine en marche, de dépenser des millions et de repartir un mini-cirque électoral chaque fois qu'un député décide de changer de job, de prendre sa retraite ou de disparaître de la carte politique. Le choix des citoyens est déjà connu.
Et soyons honnêtes, certains y penseraient à deux fois avant de quitter. Les partis aussi. Ils s'assureraient probablement de présenter des candidats prêts à faire le mandat jusqu'au bout.
Au final, tout le monde y gagne : moins de dépenses, moins de délais, moins de calculs politiques... et peut-être un peu moins de cynisme envers notre belle et si vertueuse démocratie.
Les limites à prévoir
Évidemment, un système comme celui-là ne pourrait pas fonctionner sans un minimum de jugement. Mais ce sont des détails que je n'ai pas envie d'élaborer (à moins que vous ne votiez pour moi).Une pandémie, une guerre, une catastrophe naturelle ou une crise économique majeure peuvent complètement changer la donne. Il faudrait donc prévoir quelques exceptions bien définies. Pas une porte de garage pour encore une fois évacuer les promesses ;a grands coups de mensonges, une exception.
Mais il ne faut pas non plus transformer la complexité en excuse permanente et facile. Les citoyens ne demandent pas des miracles. Ils demandent simplement que les promesses faites pour obtenir leur vote aient une vraie valeur. Tant qu'un gouvernement pourra promettre n'importe quoi pour se faire élire, puis gouverner comme bon lui semble une fois au pouvoir, la confiance envers nos institutions continuera de s'effriter.
Une réforme de confiance
Est-ce que ça réglerait tous les problèmes? Bien sûr que non. Mais ça changerait une chose fondamentale : la parole d'un politicien recommencerait à avoir plus de valeur que Gérard le vendeur de char.
Aujourd'hui, on vote souvent sur des intentions, des slogans et des promesses qui s'évaporent une fois les élections passées. Le émotions aussi, ça c'est vendeur. Les "québecois" aiment beaucoup ça (presque autant que les chèques). Avec un système comme celui-là, on voterait sur quatre engagements clairs, quatre échéances claires et quatre résultats à livrer. Le reste, c'est du bruit.
En réalité, la démocratie n'a pas besoin de plus de promesses. Elle a besoin de plus d'imputabilité.
Parce qu'une promesse sans conséquence, ce n'est pas une promesse. C'est de la publicité électorale.
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